Maman célibataire : Comment agir dans l'intérêt de l'enfant
Maman célibataire : Comment agir dans l'intérêt de l'enfant

Célibataires, elles ont passé la trentaine et n’imaginent pas leur vie sans un enfant. Faute de partenaire, elles se tournent vers le don de sperme à l’étranger, aidées par des médecins français qui ont décidé de sortir de l’ombre. Enquête sur un phénomène de société qui ne devrait plus être marginalisé.

« Bonjour, j’aurais voulu savoir si quelqu’un connaissait une adresse pour les inséminations artificielles avec donneur (IAD) pour femme célibataire. Je sais qu’en France, cela n’est pas légal mais si toutefois vous connaissez des adresses en Belgique ou en Europe, pouvez-vous me les communiquer ?« . – annettepiou
« Je suis célibataire, j’ai 34 ans, et je compte faire une IAD en Espagne début 2016. J’ai déjà fixé une première consultation pour début janvier… Et je recherche des personnes pour partager cette étape de notre vie« … – mathilde9v

Des messages de ce type, on en trouve beaucoup dans les forums d’aufeminin. Des femmes célibataires viennent raconter leur désir d’enfant et leur parcours de Procréation Médicalement Assistée (PMA). Elles cherchent des conseils et surtout du soutien. Parce qu’en France la PMA est réservée aux couples hétérosexuels attestant de deux ans de vie commune, elles échangent aussi des noms de médecins prêts à les aider dans leur démarche. Malgré les poursuites encourues, certains professionnels français prescrivent examens, traitements, et orientent leurs patientes vers des cliniques à l’étranger. Et ils ne s’en cachent plus. En témoigne la tribune de 130 médecins et biologistes de la reproduction publiée dans Le Monde en mars dernier : « Nous, médecins, biologistes, reconnaissons avoir aidé, accompagné certains couples ou femmes célibataires dans leur projet d’enfant dont la réalisation n’est pas possible en France« . Un ras le bol général face à une loi qui les empêche de travailler correctement.

Plus le temps d’attendre le Prince charmant

 
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Alors, combien sont-elles, ces femmes qui décident de traverser nos frontières pour aller faire un bébé ? Difficile à dire. Selon l’Insee, 6% des bébés français ne sont pas reconnus par leur père, mais impossible de savoir combien sont nés d’une PMA à l’étranger. A défaut de chiffres officiels, on sait néanmoins que 80% des patientes de la clinique Girexx en Espagne sont françaises (couples hétéro, homo et célibataires confondus). « Quand j’en discute avec mes confrères belges et espagnols, ils me disent qu’ils reçoivent de plus en plus de Françaises » confirme le Pr Grynberg, signataire du manifeste et Chef de service de Médecine de la Reproduction et Préservation de la Fertilité à l’Hôpital Jean Verdier à Bondy.

Aux Etats-Unis, on est en avance, comme souvent. Là-bas, la pratique est autorisée et donc plus répandue. Dès 2010, Hollywood en faisait même deux comédies romantiques : l’une avec Jennifer Lopez (Le Plan B), l’autre avecJennifer Aniston (Une famille très moderne). Et à l’affiche en ce moment, on retrouve Greta Gerwig dans la peau de la trentenaire en mal d’enfant avec Maggie a un plan. On appelle ces femmes les « single mothers by choice »ou « choice mothers ».

Un phénomène en phase avec l’évolution de la société : difficulté à trouver un partenaire, manque de confiance dans la stabilité du couple (en 2014, selon l’Insee, 48% des Français de plus de 15 ans sont divorcés ou célibataires)… Nombreuses sont celles qui redoutent de ne pas trouver un compagnon à temps pour faire un enfant. Et pour cause : « Le pic de fertilité se situe entre 20 et 30 ans, ensuite on observe une chute graduelle au fil des années. Après 35 ans, ça devient plus compliqué. La fonction ovarienne ne s’est pas adaptée à la vie moderne, mais la science offre des alternatives, et c’est intenable pour nous de faire de la médecine de reproduction comme dans les années 80, 90 » déplore le Pr Grynberg.

Face à l’immobilisme législatif et faute de prince charmant, les femmes se débrouillent et fabriquent leur propre solution. Psychologies a récemment publié un feuilleton : jour après jour, la journaliste Léa Lozère raconte son cheminement personnel, de la prise de conscience de son vieillissement ovarien au test de grossesse en passant par l’insémination à Londres. « J’adorerais être une romantique suffisamment incurable pour ne pas entendre le bruit d’une certaine réalité biologique – celui qui fait tic-tac. Le fait est que je n’ai pas le temps d’attendre, même « un peu ». Dans cinq, six ans grand maximum, ce sera terminé : je serai déclarée inapte à la reproduction » confie-t-elle.

La PMA en solo, un choix par défaut mais un choix réfléchi


© DRFP
On ne fait pas un enfant comme on s’achète une voiture ou un nouveau smartphone, diront certains. Certes. Mais cette décision de faire un enfant seule n’a rien d’un caprice ou d’un « projet pour convenance personnelle« . Encore moins d’un acte féministe militant. C’est un choix éclairé, rationnel et pragmatique, explique la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, spécialisée dans la stérilité et la PMA : « Les patientes que je suis ne sont pas des femmes qui ont vocation à être mères célibataires, elles ne veulent pas un enfant sans père. Elles se disent juste que l’horloge biologique tourne et qu’il est temps de s’y mettre« .

Certaines s’y prennent même avant 35 ans. C’est l’histoire de Marion, 33 ans, qui a opté pour une IAD en Espagne. Après plusieurs échecs amoureux, elle a laissé tombé le schéma conventionnel et pris rendez-vous à Barcelone. A ceux qui la trouvent encore jeune pour ce choix, elle explique qu’elle veut deux enfants, et qu’il ne lui reste donc pas tellement de temps. « C’est normal d’y penser à 33 ou 34 ans, on n’a pas un enfant comme ça en claquant dans les doigts. Le temps d’entreprendre les examens préalables, de tester la réserve ovarienne, ça prend plusieurs mois et les femmes le savent. Pour avoir un enfant avant 36 ans, elles s’y mettent à 33 ou 34 ans, ce qui me paraît tout à fait sensé » analyse Geneviève Delaisi de Parseval.

Des médecins qui veulent préserver la santé des femmes avant tout

« Mon rôle en tant que médecin, c’est de me préoccuper de la santé de mes patientes, pas de les juger. Je préfère les orienter vers des confrères à l’étranger plutôt que de les laisser livrées à elles-mêmes et choisir seules des centres dans des pays exotiques qui pourraient les mettre en danger » explique le Pr Grynberg. Car côté tourisme procréatif, les femmes célibataires ont l’embarras du choix. Belgique, Espagne, Grèce, République Tchèque, Danemark… Parmi ces destinations, le gynécologue recommande à ses patientes l’Espagne et la Belgique, relativement simples d’accès, avec un système législatif clair et cadré : « Les centres publient leurs résultats, leurs méthodes sont transparentes, ce sont des pôles avec des activités universitaires. Ils ne font pas n’importe quoi. En Belgique par exemple, l’entretien préalable avec un psy est obligatoire ». En revanche,méfiance vis-à-vis de la Grèce, de l’Ukraine et autres pays de l’Est. La raison ? Un manque de contrôle et de recul sur leurs protocoles.

L’autre risque, c’est que ces femmes en mal d’enfant se tournent vers des sites qui commercialisent du sperme pour des inséminations « maison ». « Dans ce cas, les donneurs ne fournissent en général aucune garantie. Rares sont ceux qui font tous les tests sanitaires nécessaires (VIH et autres infections sexuellement transmissibles). Pire, il n’y a aucun moyen de tracer l’origine du sperme. Des analyses ont ainsi révélé qu’il pouvait parfois s’agir de sperme animal !« 

Comment agir dans l’intérêt de l’enfant ?

Un choix égoïste, irresponsable, contraire à l’intérêt de l’enfant : voilà les arguments chocs des opposants à la PMA pour les célibataires. Forte de son expérience, la psychanalyste les réfute en bloc : « Les femmes que je rencontre sont responsables, elles ont en général fait des études supérieures, elles ont un job et sont tout à fait capables d’élever un enfant seules. Un constat que confirme l’enquête de la sociologue Virginie Rozée Gomez parue dans la revue Terrain en 2013 : « ce sont des femmes résidant principalement en zone urbaine, essentiellement parisienne, sans enfant et appartenant à la classe moyenne-supérieure de la société française« . Seules, cela ne signifie pas « isolées », elles ont une famille, des amis… « Certes, c’est dur au début mais franchement, elles s’en sortent et leurs enfants vont bien » rassure Geneviève Delaisi de Parseval.

Bye bye le modèle idéal de la famille Ricoré Papa / Maman / Bébé. D’autant que ces mamans solos compensent naturellement l’absence de père par une vie sociale bien remplie, conscientes notamment du risque de fusion avec leur bébé et soucieuses de son équilibre à venir. Grand-père, oncles, cousins, instituteurs sont autant de figures masculines présentes dans la vie de l’enfant.

D’ailleurs, selon la psychanalsyte, rien ne dit que ces enfants grandiront sans père : « Depuis très longtemps, les études épidémiologiques montrent que ces femmes rencontrent souvent un homme plus tard, homme qui vivra avec l’enfant, l’éduquera, et pourra même carrément l’adopter« . Si la capacité à procréer se joue avant 40 ans pour les femmes, les dés de leurs vie conjugale, eux, ne sont pas pour autant jetés. Distinguer le projet maternel du projet amoureux leur permet de relâcher (un peu) la pression.

Mais alors, quelle configuration privilégier dans le cadre d’une IAD ? Donneur anonyme ? Donneur connu ? Arrangement entre amis ? Si chaque histoire se veut singulière, Geneviève Delaisi de Parseval remarque que plus les projets sont travaillés et réfléchis en amont (parfois avec l’aide d’un psy), mieux ça se passe pour l’enfant qui naîtra. Elle cite également en exemple la solution de l' »open-donneur » ou donneur semi-connu comme au Danemark, qui offre la possibilité à l’enfant de connaître l’identité du donneur à sa majorité.

Reste une dernière option : faire un enfant dans le dos d’un homme. C’est le sujet du roman 89 mois de Caroline Michel : Jeanne, 33 ans, couche avec des mecs au gré de ses rencontres dans l’espoir de tomber enceinte. Outre les risques sanitaires, la psychanalyste voit d’autres dommages sur le long terme : « C’est tout à fait irresponsable et malhonnête vis-à-vis de l’homme et vis-à-vis du bébé à venir. Il faut reconnaître l’intérêt de l’enfant et pour se construire, un enfant a besoin d’avoir été désiré, il ne peut pas être le fruit d’un piège qu’on a tendu« .

Des enfants a priori tout à fait capables, le moment venu, d’entendre leur histoire ainsi que les conditions de leur conception. « Dans 20 ans, ils comprendront bien que ce n’est pas évident de se retrouver en couple au bon âge avec une personne responsable et prête à assumer un enfant pour la vie« .

Un droit essentiel pour les femmes

« Dès lors que la procréation médicalement assistée, le recours à l’insémination artificielle, est ouvert aux couples hétérosexuels, je ne comprends pas pourquoi on le refuse aux couples homosexuels » a déclaré la Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes Laurence Rossignol le 20 avril dernier sur LCP. Un projet qui sera porté par le candidat de la gauche en 2017, promet-elle.

Autoriser la PMA aux femmes célibataires en France, c’est leur donner le droit de disposer librement de leur corps et notamment de ses fonctions reproductives, sans attendre désespérément le consentement d’un homme. C’est leur accorder une plus grande autonomie dans leurs choix de vie. Mais cela ne suffit pas.

Parmi les assouplissements législatifs demandés, les signataires du manifeste réclament l’autorisation de l’autoconservation ovocytaire (congélation des ovocytes dans le but d’une fécondation ultérieure). « On ne peut pas obliger les femmes à faire un enfant à un instant t parce que leurs ovaires vieillissent. Bien sûr, il faut réfléchir aux conditions, et faire payer cette possibilité. Tout en expliquant que cette option ne garantit pas une future grossesse à coup sûr. C’est juste un moyen de tenter de préserver sa fertilité » affirme le Pr Grynberg. Une alternative salutaire pour réduire la pression qui pèse une fois de plus sur le corps féminin.

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